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Un vétéran de la Seconde Guerre mondiale fait part de ses réflexions  sur le jour du Souvenir

Silent Sentinels

SENTINELLES SILENCIEUSES: Une tradition à Taber, en Alberta, où les membres de l’escadron local des cadets de l’air saluent les pierres tombales des anciens combattants le 11 novembre 2016 – Photographie courtoisie de The Taber Times

 

Mon nom est Burns Wood.  Je suis un vétéran de la Seconde Guerre mondiale.  Ce ne sont pas tous les anciens combattants qui sont aussi vieux que certains d’entre nous, rassemblé ici aujourd’hui. Les vétérans des guerres coréenne et afghane, les gardiens de la paix, les soldats de la GRC, les policiers, les pompiers et les premiers intervenants d’urgence sont tous des anciens combattants.  Chaque groupe a ses alliances et ses souvenirs de service.  Le 11 novembre de chaque année, nous honorons tous ces gens qui nous ont rendu service et qui nous ont gardés en sécurité.  J’honore mes compagnons d’armes vivants et considère comme un privilège d’être compté parmi leurs rangs.  Aujourd’hui, cependant, nous honorons et nous nous souvenons particulièrement de ceux qui ont donné leur vie, alors qu’ils nous protégeaient.

J’ai vécu parmi vous pendant presque 94 ans.  En fait, je suis né à Taber dans une maison située au Nord-Est de cette ville et qui est toujours habitée.  Ma mère m’a dit que le jour de ma naissance fut le jour le plus long de sa vie.  En fait, c’était le 21 juin, journée qui est la plus longue dans chacune de nos vies.

Au début de la Seconde Guerre mondiale, lorsqu’un jeune homme approchait de son 21 e anniversaire, il devait se présenter au Bureau de recrutement de l’Armée.  Cinq de mes amis, ainsi que moi-même, ont reçu une lettre lors de l’été 1942.  Nous avons tous décidé de nous enrôler dans l’Aviation royale du Canada.  Deux des garçons furent refusés pour des raisons médicales.  Les quatre autres ont commencé leur entraînement en tant que pilotes et ont reçu leurs ailes en octobre de l’année suivante.  Nous avons obtenu notre diplôme de Fort McLeod, en Alberta, et avons été affectés à différentes unités.  Deux furent envoyés pour former d’autres aviateurs au Canada; un fut envoyé outre-mer au Commandement des bombardiers (Bomber Command); et je fus affecté au commandement Fery de la Force aérienne royale (Royal Air Force RAF) situé à Montréal.  Pendant un mois, je fus formé sur la façon de piloter différents avions.  Mes fonctions consistaient à transporter des avions à partir d’usines situées aux États-Unis et au Canada n’importe où dans le monde où on en avait besoin.

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La première semaine de décembre 1943, cinq pilotes et leurs équipages furent chargés de livrer cinq bombardiers bimoteurs de bas niveau B-25 Mitchell de Montréal à l’Écosse, par la route de l’Atlantique Nord.

Nous sommes tous arrivés par très mauvais temps à Goose Bay, au Labrador.  Un des pilotes anglais, qui voulait s’assurer d’être à la maison pour la fête de Noël, insista pour partir contre l’avis du météorologue.  Il partit au milieu d’une tempête.  Malheureusement, lui, son équipage et son avion n’ont jamais été revus.

Quatre avions ainsi que leur équipage partirent pour le Groenland et l’Islande lorsque le temps le permis.  À l’approche de Reykjavik, en Islande, l’un des avions de notre groupe perdit un moteur.  Le pilote demanda un atterrissage d’urgence.  Alors, qu’il approchait de la piste, son autre moteur s’arrêta et son avion s’écrasa sur la plage près de la piste.  Trois hommes ainsi que l’avion furent perdus.

Alors, que j’approchai de la piste et vis ce qui venait de se passer, je suis arrivé trop bas et j’ai accroché l’un des rouleaux de barbelés entourant la piste qui avait été mis en place pour protéger l’aéroport d’une attaque redoutée.  Une partie du fil s’est enroulée autour de mon train d’atterrissage et cassa mes freins. Heureusement, le fil m’a aussi ralenti suffisamment pour que je ne frappe pas les serres qui étaient juste à côté de l’aérodrome.  Cela a pris deux semaines pour réparer mon avion.  Pendant que l’équipage et moi attendions, les corps furent retirés de l’écrasement et nous enterrâmes ces garçons le lendemain de Noël.

Lorsque les trois avions restants décollèrent pour l’Écosse, l’un d’entre eux eu des problèmes de moteur et dut atterrir d’urgence sur un glacier en Islande.  L’équipe fut sauvée, mais l’avion fut perdu.  À la fin de notre première affectation, deux avions sur cinq arrivèrent en Écosse le Jour de l’An.  J’avais quitté Montréal à l’âge de 22 ans, mais je suis arrivé en Écosse un homme de 22 ans.  Je me suis demandé : « Dans quoi me suis-embraqué?  Six de mes amis ne sont plus et trois avions ont été perdus! »

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Mais lorsque nous nous sommes enrôlés dans l’Aviation royale Canadienne, nous avions juré sur la Sainte Bible de servir Dieu, le Roi, et notre pays.  Nous avions solennellement promis que nous obéirions et ferions notre devoir, même si cela nous coûtait la vie.  Donc, j’ai continué à honorer mon serment.

Mon équipage et moi avons été renvoyés à Montréal et deux semaines plus tard, nous effectuâmes une autre livraison en Afrique du Nord.  Au cours des deux années et demie suivantes, je voyageai dans 34 pays différents.

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Chaque vétéran de la Seconde Guerre mondiale a connu des histoires tristes similaires.  Ce sont surtout ces beaux jeunes hommes qui sont morts dans ces avions et sur d’autres champs de bataille que nous honorons aujourd’hui.  Plus 6,000 jeunes hommes sont morts pour la libération de la Hollande et de l’Italie…43,000 canadiens en tout sont morts pendant la durée de la Seconde Guerre mondiale.  Un sur sept d’entre nous affecté au Commandement Fery de la Force aérienne royale (Royal Air Force RAF) a perdu la vie.

La guerre c’est terrible, mais il y des raisons légitimes d’aller à la guerre.  Lorsque la vie paisible de nos femmes ou de nos enfants est menacée ou lorsque notre liberté ou nos droits sont menacés ou lorsque la vie de nos amis est en danger, nous devons riposter.  (Alma 46:12)

Le Canada a été confronté à ce dilemme en 1939 et a choisi de défendre nos familles, notre paix, notre liberté, nos droits et nos amis en Angleterre.  En 1939, il n’y avait que 11 millions de canadiens.  En 1945, six ans plus tard, nous étions un million en uniforme.  Un autre million – la plupart des jeunes femmes – travaillaient dans des usines de production pour la guerre.  La fille que j’avais laissée derrière moi, Nena, travaillait à la Dominion Iron Works à Calgary en tant qu’employée de bureau pendant la guerre.

Ces deux millions de jeunes hommes et de jeunes femmes ont appris des leçons importantes au cours de ces six années.  Nous avons appris la responsabilité; nous avons appris l’obéissance; nous avons appris à nous faire confiance les uns les autres; nous avons appris à travailler en groupe; nous avons appris l’engagement.  Et j’ai appris comment attendre en espérant que ma copine n’épouse pas quelqu’un qui travaillait avec elle à l’usine de fer pendant mon absence.  En fait, elle m’a attendu.

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Aller à la guerre fut l’un des grands moments déterminants de ma vie et de la vie de notre nation.  Nous avons appris beaucoup de bonnes choses à partir d’une mauvaise situation.  Nous sommes revenus, nous nous sommes mariés et nous avons eu des enfants – des millions d’enfants.  Et sans gêne ni excuse, je dis que les jeunes de ma génération de la Seconde Guerre mondiale eurent l’honneur d’aider à garder cette grande nation – le Canada – un pays et une patrie qui continuent d’être sûrs et libres.  Comme l’a dit le lieutenant-colonel John McCrae (1872-1918) dans son grand poème « Dans les champs des Flandres » (In Flanders Fields), ceux qui ne sont pas revenus nous ont transmis « le flambeau».  Je pense que nous l’avons porté bien « haut ».