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L’île de la foi

L’île de la foi

Jean Davie vit dans un centre pour personnes âgées de haute gamme qui inclut presque tous les services : repas, appartement avec toutes les commodités, vie sociale entourée de gens agréables et accès facile pour les visiteurs. Le confort dans lequel elle vit présentement est néanmoins un contraste frappant avec la vie qu’elle a connue dans son enfance et comme jeune femme. 

Les épreuves et la foi de la famille de sœur Davie remontent aux premières années de la restauration de l’Évangile. Bien que sa mère soit née en Arizona et ait grandi à Filmore dans l’Utah, son père, Merain Copley, venait d’une région plus éloignée : l’île de Vancouver. En effet, les parents de frère Copley étaient des pionniers – les premiers membres de l’Église à s’installer en Colombie-Britannique en 1875.

En 1916, la famille Copley s’était installée dans la région lointaine de l’île Lasqueti, à environ 80 kilomètres au nord de Vancouver. Le deux janvier 1925, Merian et Hattie Copley ont accueilli leur huitième enfant, Jean Elizabeth. La famille a ensuite continué de s’agrandir pour finalement compter huit filles et un fils.   

Les onze membres de la famille Copley formaient l’ensemble de la communauté mormone sur cette petite île.  Sœur Copley faisait la Primaire à la maison pour ses enfants. « De temps à autre, les missionnaires venaient nous visiter », se rappelle sœur Davie. Lorsqu’elle a eu huit ans, son père a écrit à la Mission pour qu’on envoie des missionnaires afin de baptiser deux de ses enfants « dans les eaux froides de la baie ». Même quatre-vingt ans plus tard, elle se souvient encore des noms et des détails de cette journée mémorable. 

« Ma sœur Ellen et moi avions parlé de l’évangile et du baptême. Après le baptême, il y a eu une réunion au cours de laquelle nous avons été confirmées. Je me souviens d’avoir ressenti que c’était vraiment quelque chose d’important pour nous d’être baptisées, se rappelle sœur Davie. À partir de ce moment-là, Ellen et moi étions déterminées à vivre une vie parfaite. »    

Cet engagement prit son sens lorsqu’elles se mirent à l’appliquer. « Lorsqu’on nous a demandé d’aller chercher du lait à la grande maison, nous avons vu qu’il y avait beaucoup de baies dans les buissons. Nous aurions pu nous arrêter pour en cueillir, se rappelle sœur Davie, mais nous en avons parlé ensemble et le fait que nous avions été baptisées a changé notre décision. »  

Après le baptême des filles, leur mère décida qu’il était temps d’organiser de nouveau des classes de la Primaire comme elle l’avait fait pour ses filles plus âgées. Puisqu’il n’y avait pas de manuel de leçon de disponible, le programme comprenait la lecture d’écritures, et leur mère partageait ses connaissances de l’évangile et de la vie en général. Elle reçut de l’aide de la présidente de Primaire de la Mission de l’époque, Irma Tayson Hinckley. C’était un très bon contact pour cette petite branche naissante, car le neveu d’Irma était Gordon Hinckley, qui est devenu prophète de l’Église.     

Comme c’était le cas pour les classes de la Primaire, toutes les réunions de l’Église se tenaient dans la maison des Copley. En 1934, la petite île reçut la bénédiction d’une autre visite des missionnaires à plein temps. « À ce moment-là, ils ont organisé l’école du dimanche, dont les classes avaient lieu dans notre maison ». Les membres de la famille Copley s’enseignaient les uns les autres. « Ma mère enseignait et mon beau-frère préparait le plateau de la Sainte-Cène », se rappelle sœur Davie. Lorsque les missionnaires ont reçu l’autorisation de tenir des réunions dans l’école locale, les voisins ont commencé à venir y assister de temps en temps. Peu à peu, la petite congrégation a commencé à s ‘agrandir. « Quelques autres personnes sont venues, mais pas beaucoup », se souvient-elle.     

Certaines expériences vécues par la famille Copley sur l’île Lasqueti reflètent la vie de certains membres de l’Église d’aujourd’hui qui vivent dans des localités éloignées. « Parfois, on riait de nous à l’école parce que nous étions mormons, se souvient-elle. Cela dérangeait beaucoup ma sœur, mais mon frère, lui, était capable d’ignorer ces moqueries et ne s’en faisait pas avec ça. J’ai donc décidé de suivre l’exemple de mon frère. »      

Sœur Davie a appliqué des normes élevées pour ses études académiques. Elle a été la première de sa famille à se qualifier pour l’école secondaire « sur recommandation », ce qui signifie qu’elle n’a pas eu à faire d’examen d’admission. En fait, elle était la seule élève de huitième année de son école. L’école publique n’offrait pas plus que la neuvième année sur l’île. Pour faire sa dixième année, elle s’est inscrite à un cours par correspondance dans un programme offert à Victoria.     

La vie sur l’île comportait également des dangers pour la famille Copley. « Mon père a fait un empoisonnement de sang dans l’une de ses jambes et l’hôpital le plus près était à 32 kilomètres de distance », se rappelle sœur Davie. Quelqu’un est allé utiliser l’un des rares téléphones qu’il y avait sur l’île pour appeler un médecin. Lorsqu’ils ont sorti mon père de la chambre à coucher sur une civière, son visage était blanc comme un drap. » 

Au moment où sa mère quittait la pièce pour récupérer quelques vêtements, le médecin lui a carrément dit : « Il n’aura pas besoin de ses vêtements, Mme Copley ». Pensant que c’était la dernière fois qu’elle voyait son père vivant, la jeune Jean a pleuré pendant tout le long parcours à pied pour se rendre à l’école. Les médecins recommandaient l’amputation de la jambe de frère Copley, mais un autre médecin a plutôt décidé de faire neuf incisions dans sa jambe afin de « faire sortir le poison ». Étant donné qu’il n’y avait aucun autre détenteur de prêtrise, frère Copley s’est lui-même donné une bénédiction. Il a survécu, mais il ne lui restait plus que la peau et les os lorsque Jean a pu rendre visite à son père, il a toutefois recouvré la santé petit à petit.  

Même s’il n’y avait pas beaucoup de « mormons » sur l’île Lasqueti, le reste de la communauté a commencé à ressentir un certain malaise. « Des rumeurs circulaient selon lesquelles les mormons commençaient à avoir trop d’influence, se rappelle sœur Davie. On a donc fait venir un pasteur anglican avec sa famille. Il a commencé à donner des classes de l’école du dimanche dans trois endroits différents, et notre père nous a encouragés à y assister. ‘Cela va être bon pour vous d’apprendre ce que les autres églises font’ nous a-t-il dit. Il n’y a pas beaucoup de gens qui y vont, et cela va les encourager’. »    

Après un certain temps, le nombre de membres de l’Église a augmenté sur l’île. L’école du dimanche des mormons a présenté un concert pour recueillir des fonds; l’admission était de 25 sous pour les adultes. « Nous avions ramassé environ treize dollars, dit sœur Davie. Les autorités de l’Église avaient dit qu’elles fourniraient un montant identique à ce que nous recueillerions afin que nous puissions apporter des améliorations. Nous avons donc acheté un orgue ». Cet instrument est devenu populaire. Il était utilisé par l’école, par les familles et « par quiconque désirait l’utiliser », y compris l’Église anglicane. Malgré la possibilité d’utiliser l’instrument musical, le nombre d’Anglicans s’est mis à diminuer, à un point tel que seulement les mormons assistaient à leurs réunions. En fin de compte, le pasteur a déménagé.

Avec le temps, le « progrès » n’a pas été favorable à la petite communauté l’île Lasqueti. « Les emplois ont disparu petit à petit sur l’île », se rappelle sœur Davie. Jean et ses sœurs ont dû trouver du travail à Vancouver. 

Des années plus tard, elles reconnaissaient toujours la valeur des expériences vécues sur l’île Lasqueti. « J’ai dit à ma sœur, ne parle pas de cette île comme d’un endroit horrible. Cet endroit nous a rendues fortes dans l’évangile. Nous y avons appris à travailler. Nous n’avons jamais répondu à nos parents de façon irrespectueuse. La vie y a peut-être été difficile, mais mon père disait que nous devions apprendre à nous tenir debout. Nous devions être forts. Nous y avons appris à nous aimer les uns les autres. Nous étions isolés dans notre foi, mais les neuf membres de notre famille ont été scellés au temple. »    

La gamme d’expériences que sœur Davie a vécues dans cette petite communauté éloignée a influencé de façon indéniable sa vie en tant que membre de l’Église et en tant que citoyenne. « Une chose que j’ai apprise, c’est que vous ne pouvez pas vous isoler des autres. J’ai appris que je pouvais faire partie d’un groupe, être aimée par ce groupe et prendre les choses avec un brin d’humour.  Je pense que l’amour que nous avions les uns pour les autres dans notre foyer est en partie ce qui me rend heureuse. C’est ce que notre vie ensemble nous a donné – la force de réussir ensemble. »